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Troisième Mi-Temps

Etudiant en STAPS, triathlète, fou de sports et chasseur d'émotions...

[Cyclisme] Andy Schleck - Itinéraire d'un surdoué

Publié le 22 Octobre 2014 par Martin Cauwel

ANDY SCHLECK, ITINERAIRE D’UN SOURDOUE

Etre et avoir été. Andy Schleck aurait pu faire partie de ces artistes qui disparaissent à 27 ans, mais lui tire sa révérence à 29 ans, dans la période la plus sombre de sa vie de sportif. Le cycliste luxembourgeois, multiple champion national et vainqueur du Tour de France 2010, a été martyrisé par chutes et blessures, et abandonné par son corps dans sa tentative de retour au plus haut niveau. "Troisième Mi-Temps" se penche sur la carrière de celui qui a raccroché son vélo aussi fantomatique qu’il fut, sur la route, fantastique.

Nom : Schleck. Prénom : Andy.

Ce n’est pas rien de faire du vélo en s’appelant « Schleck ». Avec un père qui a été équipier de Jan Janssen et de Luis Ocana (vainqueurs des Tours de France 1968 et 1973) et un frère, Fränk, qui accrochera à son palmarès une Amstel Gold Race et deux étapes montagneuses du Tour de France, Andy avait fort à faire pour perpétuer la tradition familiale.

Le benjamin de la famille rejoint la Vélo Club de Roubaix, où Cyrille Guimard, ancien manager de Hinault, Fignon, Van Impe et LeMonde, est impressionné par son talent.

Andy se fait un prénom.

Andy découvre les courses par étapes majeures en 2007, avec notamment le Giro d’Italia. Il s’avère être le plus coriace des adversaires de Danilo Di Luca, lauréat de l’épreuve. A 21 ans, il termine 2ème, remportant ainsi le classement du meilleur jeune (- de 25 ans). Cependant, il décide d’axer son début de carrière sur les classiques pour puncheur. Il frôle cet objectif dès la fin de la saison avec une 4ème place sur le Tour de Lombardie.

L’armada déployée par l’équipe des frères Schleck sur le Tour de France 2008 est impressionnante : Andy et Fränk accompagnent le leader espagnol Carlos Sastre. Andy a été un des principaux artisans de la victoire de son coéquipier, en le protégeant à la perfection dans les Alpes. Il décroche également le maillot blanc de meilleur jeune.

Les classiques dites « Ardennaises » regroupent 3 courses majeures pour puncheur. Andy termine la première, l’Amstel Gold Race, à la 9ème place sans avoir pu peser sur le final. Le luxembourgeois monte en puissance sur la Flèche Wallonne où il rivalise avec Cadel Evans et Davide Rebellin mais est battu au sprint par l’italien. Liège-Bastogne-Liège, « la Doyenne », un des 5 monuments du cyclisme, va sourire à Andy. En effet, après être parti à la poursuite du régional de l’étape Philippe Gilbert, il contre le belge pour s’envoler seul, pendant 20km, vers sa première victoire majeure.

Contador, son meilleur ennemi.

Trois noms sont dans toutes les bouches à l’approche du Tour de France 2009 : Lance Armstrong, qui sort de sa retraite après carrière dorée/dopée ; Alberto Contador, grandissime favori de l’épreuve ; et Andy Schleck, outsider désigné pour contrecarrer les plans de l’espagnol.

Comme souvent, les Schleck sont deux en course et savent s’en servir. Malgré la suprématie de Contador, Fränk s’offre une victoire d’étape et Andy la deuxième place du général et le maillot blanc.

Alberto VS Andy. C’est le duel qui va animer le Tour de France 2010 et marquer une génération d’amateurs de cyclisme. Les deux hommes se rendent coup pour coup pendant trois semaines : Andy gagne à Avoriaz, prend le maillot jaune lors de la 9ème étape, avant qu’Alberto repasse en tête à l’occasion de la 15ème étape. Malgré sa deuxième victoire sur les pentes du Tourmalet, le luxembourgeois ne peut pas rivaliser avec l’espagnol dans le contre-la-montre et termine 2ème du Tour de France avec, pour la 3ème fois consécutive, le maillot blanc.

Cependant, Contador sera déclassé pour dopage. Schleck remporte donc son 1er Tour sur tapis vert.

Le Tour d’Espagne connaîtra une toute autre issue pour Andy. La « Vuelta » est le 3ème Grand Tour. Aligné par son équipe pour aider son frère au général, il enfreint les règles et sort boire un verre avec un coéquipier au soir de la 9ème étape. La soirée trop arrosée pousse l’encadrement de la Saxo Bank à les exclure de la course.

Leopard-Trek : un raid d’anthologie, et la cruauté du contre-la-montre.

Que s’est-il passé dans la tête d’Andy Schleck quand, lors du Tour de France 2011, il place une attaque dans les plus forts pourcentages de l’Izoard, à 60km de l’arrivée au Galibier ? Certainement pas grand-chose, tant ce genre de raid est suicidaire. Le maillot jaune, bien fixé sur les épaules de Thomas Voeckler, est en danger et en ligne de mire du grand luxembourgeois. Ce dernier échoue dans la conquête du maillot pour 15 petites secondes, mais ce n’est que partie remise car il s’en empare le lendemain à l’Alpe-d’ Huez, devançant son frère de 53 secondes et Cadel Evans de 57 secondes. Le Tour se joue donc lors du dernier « chrono », un terrain où l’australien Evans est plus performant que le luxembourgeois. En toute logique, c’est Evans qui se pare de jaune à Paris et remporte ce Tour 2011, avec 1’34 d’avance sur Andy.

2012 : le début de la fin.

Un chute et c’est parti pour 2 ans de galère incessante. Andy tombe et se fracture le bassin pendant le Critérium International. Il déclare forfait pour le Tour de France, pendant lequel son frère est contrôlé positif à un produit dopant. Diminué physiquement et anéanti par cette nouvelle, Andy ne dispute pas les Jeux Olympiques ni la Vuelta. Son retour à la compétition est marqué par deux abandons au mois d’octobre, sur Binche-Tournai-Binche puis le Tour de Pékin.

2013 : saison blanche.

La saison 2013 débute comme 2012 s’est achevé : deux abandons au Tour du Down Under puis au Tour Méditerranéen. Andy Schleck ne retrouve pas le coup de pédale qui a fait de lui un des plus grands cyclistes du monde, il renoue avec la ligne d’arrivée pour la première fois depuis avril 2012 au GP Camaiore. Il abandonne les Strade Bianche, Tirreno-Adriatico, le Tour du Pays Basque et l’Amstel Gold Race. Le luxembourgeois termine 86ème de la Flèche Wallonne et 41ème de Liège-Bastogne-Liège.

Andy signe de meilleures performances sur les Tours de Californie et de Suisse. Sa montée en puissance le conduit au Tour de France, qu’il conclue à une modeste 20ème place dans le rôle d’équipier pour Maxime Monfort.

Andy Schleck à l'arrivée de la 20ème étape du TDF 2013 (arrivée au sommet du Semnoz), à 4'50" du vainqueur Nairo Quintana.

2014 : fin de carrière.

Pendant la saison 2014, Andy est très, très loin du niveau qu’il a eu par le passé et auquel on l’attendait. Le début de saison est marqué par des mauvaises performances et des abandons, avant une chute qui le contraint à mettre une croix sur les Ardennaises et le Tour de Romandie.

Il ne dispute que le Tour de Suisse (29ème) avant le Tour de France. Et lors de la 3ème étape de la Grande Boucle, c’est la chute de trop. Andy Schleck se rompt les ligaments croisés du genou, ce qui l’oblige à arrêter sa saison.

Malgré une opération, le genou d’Andy est toujours inflammé et il ne peut pas rouler fort en côte sans gonflement de son articulation : il n’a presque plus de cartilage sous la rotule.

Le 9 octobre 2014, il annonce pendant une conférence de presse qu’il raccroche définitivement son vélo et annonce qu’il n’est plus cycliste professionnel. Entouré de sa femme et de son fils, le luxembourgeois présente le sport comme une partie de sa vie mais pas comme la plus importante. Il dit qu’il a vécu de grands moments sur le vélo mais pas les plus beaux. Il conclue : « J’ai pensé à mon genou et à ce que je voudrais faire du reste de ma vie ».

 

 

Andy Schleck restera comme un grimpeur hors pair, un coureur de grande classe, mais aussi un talent gâché qui a remporté 5 classements de meilleur jeune d’un Grand Tour mais n’a à son palmarès qu’un Tour de France et un Liège-Bastogne-Liège.

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