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Troisième Mi-Temps

Etudiant en STAPS, triathlète, fou de sports et chasseur d'émotions...

[Athlétisme] Le rebond de Tamgho

Publié le 27 Mars 2015 par Martin Cauwel

LE REBOND DE TAMGHO

Chuter pour mieux se relever. Des déceptions qui donnent naissance à de nouvelles impulsions. La carrière de Teddy Tamgho est une alternance de faits divers et de performances de haut vol. Comme si la vie du triple sauteur allait trois fois plus vite, le garçon de Seine Saint-Denis est, à 25 ans seulement, champion du monde, 3ème meilleur performeur de tous les temps dans sa discipline, mais spécialiste des accrocs

« Troisième Mi-Temps » s’est penché sur le destin de cet athlète de standing international, pugnace et persévérant.

Teddy. Les clubs d’athlétisme franciliens comptent d’innombrables talents mais il y a fort à parier que le jeune garçon, âgé de 13 ans, qui a poussé les portes du Dynamic Aulnay Club était un des plus brillants d’entre eux. Teddy Tamgho s’illustre très tôt grâce à ses capacités naturelles dans les épreuves de sauts. A 17 ans, il est le meilleur Français chez les jeunes et rejoint le groupe d’entraînement de l’INSEP, le cœur du sport de haut niveau tricolore. Accompagné de son nouveau coach Jean-Hervé Stievenart, Tamgho devient le meilleur mondial dans sa catégorie d’âge et remporte même, à 18 ans, le titre de champion de France « élite » alors qu’il n’est que junior. Animé par le rêve olympique, il flirte avec les minimas fixés à 17 m 10. Le nouveau sociétaire du CA Montreuil efface pourtant 2 fois cette barre virtuelle mais une fois dans des conditions de vent trop important, et une seconde fois après la date limite.

Tout s’accélère à Doha. Tamgho écrit la première lettre dorée de son palmarès international en 2010, lors des Championnats du Monde en salle à Doha, au Qatar. Sa performance de 17m90 constitue même un nouveau record du monde. En plein air, le triple-sauteur acquière une régularité au-delà des 17 mètres et établie la meilleure performance mondiale de l’année avec un retentissant 17m98 : record de France amélioré de 35cm, 7ème meilleure performance de tous les temps. Seuls deux athlètes sont allés plus loin : le recordman du monde Jonathan Edwards (18m29) et Kenny Harrison (18m09). Malgré des Championnats d’Europe en demi-teinte (médaille de bronze), le francilien s’adjuge la Ligue de Diamant, qui récompense l’athlète le plus régulier de chaque discipline dans les meetings les plus prestigieux. A l’issue de la saison 2010, Tamgho décide de changer d’air et s’associe avec Ivan Pedroso, 4 fois champion du monde de saut en longueur, qui devient son entraîneur.

Briller à domicile. C’est en France que Teddy Tamgho va améliorer, à 2 semaines d’intervalle, son record du monde du triple-saut en salle : 17m91 aux France d’Aubière, puis 17m92 aux Championnats d’Europe à Paris-Bercy. Pendant la saison estivale, l’athlète français s’affirme comme un des leaders de la discipline en multipliant les sauts au-delà des 17 mètres et en établissant la meilleure marque de la saison avec 17m91.

Coups et blessures. Le concours de triple saut des championnats du monde de Daegu s’annonce très intéressant avec une grosse densité d’athlète au plus haut niveau. Seulement, une blessure à la cheville prive Tamgho de cet événement et déclenche une spirale de galère, qui verra alterner blessures et suspensions pendant les années suivantes. En effet, une longue indisponibilité le prive des Championnats d’Europe Espoirs, des Mondiaux, et de ses principaux objectifs. A la suite de cette blessure, la Fédération suspend Tamgho en raison de comportements violents envers une jeune athlète du CREPS de Boulouris et de membres de l’encadrement. Cette décision le contraint à renoncer aux Championnats du Monde en salle de 2012, mais le triple-sauteur reste accroché à l’ambition de tout sportif : concourir aux Jeux Olympiques. La blessure de 2011 laisse encore des traces dans la chair de Teddy Tamgho, qui doit subir une opération le 4 juin 2012 en raison d’une excroissance osseuse au tibia. Tamgho forfait pour les Jeux.

#Champion. Mais le lieu d’expression d’un champion d’exception est la piste, le parquet et le terrain, et c’est là que Tamgho montrera son vrai visage après en avoir fini avec ses déboires judiciaires et ses pépins physiques. Après 2 saisons blanches, le troisième meilleur triple-sauteur de l’histoire revient aux affaires en mai 2013. La saison est remarquable pour sa densité d’athlètes réguliers à plus de 17 mètres et cette rivalité avec l’américain Taylor et le cubain Pichardo, cette émulation avec les français Rapinier et Compaoré, va donner des ailes à Tamgho. Le ticket pour les mondiaux de Moscou est validé avec 17m30 à Besançon, Tamgho donne rendez-vous au gratin mondial le 18 août.

18 mètres. Finale des Mondiaux. Le cubain Pichardo et Teddy Tamgho se rende coup pour coup et réalisent la même performance avec 17m68 (cependant, le français est en tête du concours à la faveur d’un 2ème meilleur bond). Le sauteur français a presque déjà la médaille d’or autour du coup quand il se présente face au sautoir pour son 6ème et dernier essai. Un cloche-pied de 6,16m. Une foulée bondissante de 5,30m. Un dernier saut de 6,58m. Un saut d’un équilibre parfait qui sera mesuré à 18m04 ! Teddy Tamgho, le gamin de Seine Saint-Denis, devient le troisième homme au-delà des 18 mètres derrière les mythes Edwards et Harrison. Le triple-sauteur devient le 5ème champion du monde d’athlétisme français de tous les temps. A peine redescendu de son nuage moscovite, Tamgho repart au travail.

Trois « no-shows » et une blessure qui ne guérit pas Teddy Tamgho prépare la saison en salle quand son tibia gauche cède une nouvelle fois. Une nouvelle fracture. De plus, l’athlète subit 3 « no-shows », c’est-à-dire trois manquements à l’obligation de géolocalisation quotidienne à laquelle sont soumis les sportifs de haut niveau français. Cette règle, créée pour lutter contre le dopage par la favorisation des contrôles inopinés, entraîne 1 an de suspension quand elle est transgressée. Tamgho est donc suspendu par la Fédération Internationale d’Athlétisme jusqu’à 18 mars 2015.

Et maintenant ? Deux évènements majeurs se profilent pour l’athlétisme : les Championnats du Monde 2015 à Pékin, et les Jeux Olympiques 2016 à Rio. Tamgho veut y briller, y marquer encore plus l’histoire, y étoffer son palmarès. L’athlète français effectue son retour à la compétition, après 18 mois, le 21 mars 2015 à Eaubonne. En quête de repères, il réalise 16m78 : loin de ses standards habituels, mais qu’importe. L’objectif est de retrouver des sensations avant de retrouver ses meilleurs ennemis aux Etats-Unis, avec notamment le champion olympique Taylor.

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